Les entreprises ont repris à leur compte le principe que tout le monde pouvait avoir une bonne idée et en faire une activité économique. Cet élément fondateur de ce qu’est l’écosystème startup actuel s’appelle l’innovation participative pour ces entreprises. Pour alimenter cette nouvelle machine à faire rêver, il faut permettre à tout un chacun d’avoir des idées, et donc fournir l’éducation nécessaire pour que le système fonctionne. Cela pourrait s’appeler du eLearning, des blogs où les “experts” vulgarisent leurs “savoirs” ou des forums où les consommateurs échangent sur leurs expériences. Dans ces entreprises, ce principe est nommé acculturation digitale. Un principe sous-tend ce système et le légitime : le digital est fondateur de la nouvelle économie et est porté par les jeunes. Pourtant, le digital n’est qu’un outil au service des entreprises. Pas l’inverse comme peut l’indiquer cet article de Cédric Deniaud, co-fondateur du cabinet de conseil en médias sociaux dont j’ai aussi été co-fondateur.

Le digital est en effet fondateur de la nouvelle économie et porté par des profils souvent jeunes dans l’entreprise. C’est ainsi qu’est né le concept de “reverse mentoring”, où un profil cadre jeune à partir de 30 ans accompagne un cadre dirigeant de l’entreprise dans la découverte et l’appropriation des concepts et outils digitaux que l’entreprise utilise. Cette activité est de plus en plus prisée par les marques qui se sont décomplexées face à l’incompréhension et la méconnaissance des décideurs face aux sociétés du web, les aspirations et les intentions des sociétés qui fondent cette nouvelle étape de l’activité économique. Mais il ne faut pas tout mélanger pour autant. L’innovation participative et l’acculturation digitale ne doivent et ne peuvent être les moteurs de la transformation digitale des entreprises. Ils ne doivent pas l’être car ce sont les enjeux et challenges stratégiques qui doivent piloter sa mue digitale et ils ne peuvent pas car c’est l’implémentation des solutions digitales qui peuvent faire cette mue.

L’innovation n’a aucun sens sans objectif d’affaires/ de business. L’acculturation n’a aucune raison d’être sans besoin d’implémentation, ce qui signifie qu’il est plus nécessaire de former les équipes aux outils et processus ciblés en amont plutôt que d’envisager un parcours d’information dénué d’application directe. Le circuit de déploiement d’une stratégie digitale peut cependant s’initialiser avec ces étapes, mais cela implique plusieurs barrières majeures à dépasser :

  • La frustration des innovateurs en herbe : l’innovation participative est généralement guidée par l’équipe en charge mais la liaison avec les équipes opérationnelles et en charge des sujets identifiés n’a pas le temps d’échanger avec les personnes qui souhaitent innover
  • La frustration des équipes métier : les innovations soumises ne passent que très rarement le niveau de l’idée car sont confrontées à la réalité métier et aux contraintes techniques, légales, de politique interne, de ressources disponibles et de priorités
  • Le manque de concret : l’acculturation digitale n’est pas accompagnée d’un projet pilote qui puisse favoriser l’acquisition durable des savoirs puisque éloignés du quotidien, à moins que cela ne soit une formation qui cache sa réalité
  • la distorsion de niveau entre les décideurs et les opérationnels : les leaders digitaux et leurs équipes sont souvent ceux qui exécutent, excluant de fait les équipes nouvellement formées ou acculturées, ce qui rend l’intérêt de l’acculturation très limitée car l’expérience terrain donne encore plus d’avance aux faiseurs et creuse encore plus l’écart de niveau

Ce qui était encore valable il y a 5 ans ne l’est plus aujourd’hui car ce qui était neuf à l’époque a été confronté aux expériences menées par ailleurs. La transformation digitale est motorisée par les besoins de compétitivité, entrainant avec eux des actions liées et en cascade :

  • Identification des solutions pour devenir à nouveau compétitif
  • Définition des besoins associés en ressources financières et humaines
  • Construction des process de gouvernance
  • Validation des indicateurs de performance
  • Déploiement du process de supervision du projet
  • Sélection des prestataires
  • Contrôle qualité

La mécanique de transformation digitale s’est professionnalisée, il est important de ne pas se laisser piéger dans des approximations qui vont coûter très cher : le principe même de cette mue est de faire un effet boule de neige augmenté par le digital, partir dans le mauvais sens est alors très préjudiciable.